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Le mouvement des gilets jaunes du 17 novembre… et après !

Mis à jour : 28 nov. 2018

Ce mouvement est né sur les réseaux sociaux le 10 octobre. Une vidéo postée qui devient virale : le mouvement commence à prendre forme.

La raison ? la hausse du prix du carburant. Une colère qui de prime abord ne peut être que partagée par un ensemble de personnes tant celles-ci peuvent être dépendantes de leurs véhicules.

En signe de revendication un gilet jaune posé derrière le pare-brise du véhicule et la date du 17 novembre posée comme un RDV citoyen. Non seulement la vidéo circule mais l'appel semble fonctionner, il apparait de plus en plus de gilets jaunes sur les tableaux de bord.

Une réussite ? A ce moment-là, il est intéressant de noter qu'un début d'action communautaire commence à naître. Un problème est posé, ici la hausse du carburant, et des citoyens rencontrant ce problème se mettent en relation pour tenter de le résoudre en posant des actions. La première action, mettre un gilet jaune derrière son pare-brise, semble plutôt suivie. Si elle n'est pas une action directe contre la hausse du carburant celle-ci a, néanmoins, une valeur symbolique.

Cette première étape est plutôt spontanée et réussie. Mais comment va s'organiser la suite ? C'est bien à cette étape que cela se complique. Une date, la journée du 17 novembre, est posée. Mais quel est le contenu de celle-ci ? Parti d'internet, cette deuxième étape semble se détacher du réseau social d'origine pour se construire plus localement, où des petits groupes cherchent des actions pour leur manifestation. A un appel national, cette organisation par localité semble plus adaptée pour des citoyens qui ne sont pas forcément des experts dans ce genre de manifestation. Et surtout, cette organisation, tout de même improvisée, permettrait d'avoir des actions adaptées à chaque territoire.

Cette deuxième étape se construit sur deux espaces différents : des actions locales mais aussi au niveau national dans les médias, qui, d'une certaine manière mettent une pression sur le mouvement et le gouvernement.

L'espace médiatique oblige le gouvernement à prendre en compte ce mouvement et veut mettre des visages sur celui-ci. C'est ainsi que sont mises en avant certaines personnes telles que Jacline Mouraud dont la vidéo postée sur Facebook fait 5 millions de vue. Mais il est difficile de se faire le porte-parole de Millions de Français qui sont dans des situations différentes… Car si tout le monde est d'accord sur le fait que la hausse du carburant occasionne une baisse du pouvoir d'achat, les conséquences ne sont pas tout à fait les mêmes pour tout le monde. En effet, la pression des médias oblige le gouvernement à être dans une démarche plus pédagogique, Aussi une prime à la conversion de 4000 euros pour certains n'est pas négligeable et permet de se dire qu'après tout, il faut peut-être profiter de cette offre pour être sur des énergies plus propres. A ces propositions, s'ajoutent également plus d'explications sur la réalité de la hausse des carburants, que celle-ci a aussi une dimension géopolitique. Suivant les situations de chacun, une certaine prise de recul peut être prise. Certains pensent écologie, santé publique etc…

C'est ainsi, que des citoyens comme Jacline Mouraud, qui, dans sa vidéo "coup de gueule", dénonce la politique du gouvernement de façon virulente, est aussi mal perçue par certains qui pose la légitimité de cette personne pour représenter ce mouvement. Dans cette vidéo, on sort du cadre unique de la hausse du prix du carburant et y sont évoqués d'autres éléments qui parfois présentent des écueils factuels. Cette personne, comme quelques autres qui suivront divisent ce mouvement car, si le but était largement partagé par tous, l'ajout d'autres colères ne l'est pas forcément et certains, par leur situation, ne peuvent plus se reconnaitre dans toutes les revendications.

Cette recherche systématique de convergence des luttes, vouloir mêler toutes les colères est l'une des limites de ce mouvement, car tous les combats ne sont pas les mêmes.

La deuxième limite de ce mouvement est le manque d'interlocuteurs autre que les leaders médiatiques repérés par les médias. Manifester c'est bien, mais quelle en est la finalité ? Celà devrait permettre d'ouvrir des négociations. Quelles sont les propositions des manifestants ? Comme s'est défendu M. DARMANIN, en réponse à Mme Mouraud qui posait la question "mais où va le pognon ?", les impôts et taxes permettent de financer les services publiques, l'éducation, la santé… Il ne peut être reproché à l'état de ne pas assurer ce rôle. Ces services ont des coûts ! Aussi quelles négociations peuvent être posées sur la table ? A de qui le gouvernement doit il s'adresser ?

Le mouvement des gilets jaunes ne permet aucun dialogue et la multitude des revendications en fait un mouvement, à l'arrivée, de moins en moins crédible. Quand les leaders repérés demandent la démission du président ou alors organiser un référendum pour évaluer la légitimité du président, les chances d'aboutir à une discussion s'amenuisent !

La troisième et dernière limite de ce mouvement est les moyens d'action. Comment peut-il intervenir dans l'espace publique ? La disparité sociologique des manifestants, le manque de communication interne, le manque d'un projet commun clairement identifié rendent difficile une stratégie commune et partagée. L'espace publique appartient à tout le monde, comment occuper cet espace sans gêner les non-manifestants ? De plus, se posent des questions de sécurité. Si manifester est un droit, on doit respecter un certain nombre de règles. Habituellement, ce sont des personnes morales comme des syndicats qui assurent, couvrent et sécurisent une manifestation. Ici qui va se porter responsable en cas d'incidents ? En synthétisant toutes les colères, nous pouvons retrouver une cause commune à tous qui serait la baisse du pouvoir d'achat… Pour défendre cette cause faut-il bloquer tout un pays ? blocage qui va forcément avoir des répercussions économiques sur des artisans, des entreprises, des grandes enseignes… qui sont des organisations qui recrutent. Vont-ils devoir, ces jours-là, ne pas recruter d'intérimaires, mettre des salariés en chômage technique ? Voilà une drôle de conséquence d'une manifestation qui aurait comme objectif de défendre le pouvoir d'achat des français…

S'il apparait que l'origine du mouvement semblait bien parti par des gestes symboliques simples, que tout citoyen pouvait réaliser, la concrétisation de ce mouvement par des actions plus fortes risque de compliquer sa continuité et le rendre impopulaire. Pour que celui-ci puisse perdurer, il devra s'organiser davantage avec une gouvernance, proposer un projet avec des valeurs, des revendications et des axes de propositions concrètes… En d'autres termes, se politiser !

Guillaume AULANIER

Sociologue

© 2018 Bureau d'études sociologiques Guillaume AULANIER - 38 rue Gambetta - 42360 Panissières

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